Nés à la fin des années 1990 et dans les années 2000, ces jeunes de 18 à 28 ans arrivent sur le marché du travail avec des attentes, des priorités et des façons de s’engager professionnellement qui bousculent les repères de leurs employeurs. Alors, à quoi ressemblera le travail de demain pour les jeunes actifs ?
Tour d’horizon d’une transformation en marche, et des nouvelles voies, dont l’entrepreneuriat et le freelance, que la génération Z est en train d’ouvrir.
Premier constat, et non des moindres : contrairement à une idée reçue tenace, la génération Z n’a pas moins envie de travailler que ses aînés. Une enquête Ipsos menée pour l’école d’ingénieurs CESI révèle que la grande majorité des 18-28 ans déclarent aimer travailler, et considèrent ce goût du travail comme le premier facteur de réussite professionnelle, devant les diplômes ou le réseau. Neuf jeunes sur dix estiment même qu’exercer un métier qu’ils apprécient est une condition essentielle pour être heureux dans leur vie.
Ce qui change, en réalité, ce n’est pas l’envie de s’investir : c’est la définition même de cet investissement. Pour la génération Z, travailler beaucoup ne veut plus dire sacrifier sa vie personnelle. L’équilibre entre vie professionnelle et vie privée arrive d’ailleurs en tête des critères de choix d’un poste, à égalité avec l’ambiance de travail, juste devant l’intérêt des missions et la rémunération. Concrètement, une large partie des jeunes actifs se dit prête à s’investir sur des tâches qui dépassent leur fiche de poste, mais nettement moins à faire des heures supplémentaires non rémunérées ou à répondre présents lors d’un pic d’activité sans contrepartie. Ce n’est donc pas un désengagement, mais une redéfinition des règles du jeu : la génération Z veut donner, mais elle veut aussi recevoir en retour reconnaissance, flexibilité, sens.
Ce décalage crée d’ailleurs un vrai malentendu générationnel du côté des employeurs. Une grande majorité des dirigeants d’entreprise perçoivent la génération Z comme fondamentalement différente de celle qui l’a précédée, et beaucoup peinent à cerner ses aspirations professionnelles. Beaucoup estiment aussi que les jeunes de moins de 30 ans sont moins fidèles à l’entreprise et moins enclins à respecter une hiérarchie classique. Un regard qui, en creux, dit surtout que le modèle managérial hérité du XXe siècle a besoin d’être repensé pour dialoguer avec cette nouvelle génération.
Pour comprendre où va le monde du travail, il faut regarder d’où viennent les générations qui le composent aujourd’hui.
La génération X, née entre 1965 et 1980, reste attachée à un cadre hiérarchique classique, à la fidélité envers l’entreprise et à une progression salariale régulière comme reconnaissance de son engagement.
Les Millennials, ou génération Y, ont ensuite introduit une exigence forte de collaboration, de feedback et de mobilité professionnelle : changer d’entreprise ne leur fait pas peur, et près d’un quart d’entre eux envisagent de se lancer un jour dans l’entrepreneuriat.
La génération Z pousse cette évolution encore plus loin. Elevés avec Internet, les réseaux sociaux et une actualité marquée par les crises économiques, sanitaires et environnementales, ces jeunes actifs expriment un besoin de sécurité et une attention particulière portée à leur santé mentale, tout en réclamant davantage de flexibilité dans l’organisation de leur travail. La quête de sens devient un critère quasiment non négociable : près des trois quarts des 18-28 ans jugent important que les valeurs de l’entreprise soient en accord avec les leurs, et une large majorité attend de son travail qu’il soit utile à la société. Certains vont jusqu’à refuser de travailler pour une entreprise dont l’engagement sociétal ou environnemental ne les convainc pas.
Autre différence majeure avec les générations précédentes : le rapport au contrat de travail lui-même évolue. Le CDI demeure la référence en France, mais il n’est plus perçu comme l’aboutissement automatique d’un parcours professionnel réussi. Une part importante des jeunes actifs entre aujourd’hui sur le marché du travail via des contrats courts, de l’intérim ou des missions ponctuelles, une réalité renforcée par un taux de chômage des 15-24 ans qui reste nettement supérieur à la moyenne nationale. Ce contexte, souvent subi au départ, a paradoxalement contribué à normaliser des parcours moins linéaires, faits de reconversions, de pluriactivité et d’allers-retours entre salariat et indépendance.
Enfin, la mobilité professionnelle devient un réflexe plutôt qu’une exception. Une large majorité des 18-28 ans considère qu’il est aujourd’hui indispensable de changer régulièrement d’entreprise pour obtenir un meilleur salaire ou un poste plus intéressant. La loyauté ne disparaît pas, mais elle se déplace : elle ne se donne plus à une structure, elle se construit autour d’un projet, d’une équipe ou d’une mission qui a du sens à un instant donné.
C’est sans doute l’un des changements les plus marquants du rapport au travail des jeunes générations : l’entrepreneuriat n’est plus perçu comme une prise de risque réservée à quelques profils atypiques, mais comme une option professionnelle à part entière, au même titre que le salariat classique. Grandir avec les réseaux sociaux, les plateformes de création de contenu et les outils numériques accessibles a profondément changé la perception du travail indépendant : monter un projet, développer une activité en ligne ou se lancer en freelance apparaît aujourd’hui comme une trajectoire crédible, y compris très tôt dans une carrière.
Cette appétence s’explique aussi par la recherche d’autonomie qui caractérise cette génération : la possibilité de prendre des décisions seul et de organiser librement son temps de travail figure parmi les critères jugés importants par une large majorité des 18-28 ans dans le choix de leur activité professionnelle. L’entrepreneuriat, le freelancing ou le portage salarial répondent précisément à cette double exigence : garder la main sur ses missions et son organisation, tout en s’affranchissant des rigidités perçues du salariat traditionnel. Pour de nombreux jeunes actifs, il ne s’agit d’ailleurs pas de choisir entre indépendance et sécurité, mais de trouver un cadre qui permette de conjuguer les deux, une équation que des solutions comme le portage salarial permettent justement de résoudre, en offrant la liberté de l’entrepreneuriat avec la protection sociale du statut de salarié.
Si l’on devait résumer l’avenir du travail pour les jeunes générations en une idée, ce serait celle-ci : le rapport au travail devient un rapport négocié, et non plus subi. La génération Z n’attend plus que l’entreprise dicte unilatéralement les règles ; elle souhaite construire une relation d’équilibre, où l’engagement se mérite autant qu’il se donne. Cela se traduit par une exigence accrue de transparence dès le recrutement, un besoin d’accompagnement réel en début de poste et une volonté de dialogue rapide en cas de désaccord, avant d’envisager la démission.
Ce nouveau rapport au travail ne doit pas être lu comme une fragilité, mais comme une maturité précoce face à un marché du travail plus incertain que celui connu par les générations précédentes. Face à la multiplication des statuts CDI, CDD, intérim, freelance, portage salarial, multi-activité, les jeunes actifs développent une véritable agilité professionnelle : ils apprennent à choisir, à chaque étape de leur parcours, la forme d’emploi la plus adaptée à leurs objectifs du moment, plutôt que de s’inscrire dans une trajectoire figée sur le long terme.
Loin des clichés d’une génération désengagée, la génération Z dessine en réalité un monde du travail plus exigeant, plus négocié et plus individualisé. Sens, flexibilité, équilibre de vie et autonomie ne sont plus des options, mais des piliers autour desquels se construit une carrière. Et parmi les voies qui incarnent le mieux cette transformation, l’entrepreneuriat et les statuts hybrides comme le portage salarial occupent une place grandissante : ils permettent aux jeunes actifs de conjuguer liberté d’action et sécurité, autonomie et accompagnement, deux exigences qui, pour cette génération, ne sont plus contradictoires mais complémentaires.
L’avenir du travail pour les jeunes ne s’écrit donc pas contre l’entreprise traditionnelle, mais à côté d’elle, dans une diversité de statuts et de parcours qui n’a probablement jamais été aussi riche.



